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Neuf personnels de l’académie en mobilité en Oklahoma en 2019-2020

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Dans le cadre du projet « Pour un partenariat renforcé avec l’Oklahoma : Développer les projets d’immersion et de bilinguisme en faveur de la réussite des élèves », neuf personnels de l’académie d’Amiens ont bénéficié d’une mobilité de deux semaines en Oklahoma, état partenaire de l’académie d’Amiens. Ces mobilités comprenaient une immersion professionnelle et des échanges de pratiques autour des dispositifs et pratiques immersifs, auprès d’homologues locaux et par la participation à des formations ou échanges avec des formateurs locaux.

Le projet « Pour un partenariat renforcé avec l’Oklahoma : Développer les projets d’immersion et de bilinguisme en faveur de la réussite des élèves » a été co-écrit par la DAREIC Déléguation académique aux relations européennes, internationales et à la coopération et l’Inspection d’anglais de l’académie d’Amiens, puis proposé et retenu dans le cadre de l’appel à projet 2019 DREIC / Ambassade des Etats-Unis d’Amérique. Cet appel était orienté vers la formation et la coopération. Il a permis pour neuf personnels impliqués dans l’enseignement en langue étrangère (DNL Discipline non linguistique ) la réalisation d’une mobilité professionnelle en Oklahoma, état américain dont le Département d’État à l’Éducation est lié par un mémorandum d’entente avec l’académie d’Amiens depuis 13 ans, et notamment dans la ville de Tulsa, ville jumelée avec Amiens.

Ce projet visait plusieurs objectifs, notamment :

  • Consolider des projets d’immersion linguistique et développer un maillage du territoire ;
  • Démocratiser la pratique de la DNL et de l’immersion en langue anglaise ;
  • Renforcer les compétences professionnelles, linguistiques et pédagogiques des enseignants, donner confiance aux enseignants, aux directeurs et aux chefs d’établissement pour mettre en place des dispositifs de DNL et d’immersion ;
  • Renforcer le partenariat existant avec l’Oklahoma.

Ce projet est en cohérence avec la volonté académique et nationale de renforcer les compétences linguistiques et culturelles de tous nos élèves. Le caractère novateur du projet réside dans la volonté de rendre les cours de DNL accessibles à tous les élèves (collège, LP Lycée professionnel , LGT Lycée général et technologique , etc). De plus, la réforme du baccalauréat 2021 permet aux professeurs d’enseigner la DNL hors section Européenne. Cet enseignement de DNL hors section européenne sera évalué dans le cadre du BAC 2021 et reconnu par une indication sur le diplôme du BAC « discipline non linguistique ayant fait l’objet d’un enseignement en langue vivante (DNL) ».

Ce projet entrait en cohérence forte avec le projet académique notamment sur les axes suivants :

  • Par l’ouverture internationale et culturelle, l’insertion des écoles et des établissements dans des réseaux doit également favoriser une culture de la mobilité conçue à l’échelle du territoire régional, de l’Europe et du monde.
  • Continuer à promouvoir et accompagner l’ouverture à l’international des élèves et des personnels. Développer, diversifier et promouvoir l’offre linguistique dès le premier degré, en particulier dans le cadre des parcours bilangues.
  • Développer l’excellence académique et son attractivité à travers la modernisation des démarches de travail, l’accès à des formations à l’étranger, un travail étroit avec la recherche.

Le panel de personnels impliqués était volontairement varié :

  • une inspectrice de langue anglaise ;
  • trois professeurs des écoles, représentant chacun des trois départements de l’académie d’Amiens ;
  • trois enseignants du collège Sagebien d’Amiens ;
  • deux enseignants du lycée polyvalent André Malraux de Montataire, l’un au lycée général et le second au lycée professionnel.

Ces enseignants sont déjà impliqués ou souhaitent s’impliquer d’avantage dans l’enseignement en langue anglaise. Les enseignants constituant le groupe principal de cette mobilité ont très fortement apprécié le caractère mixte du groupe (âge, expérience, degré, discipline, milieu d’exercice, etc.), jusqu’à considérer cet aspect comme un des points forts de cette expérience. Celui-ci ait constitué un terreau et un espace d’échange intense pour eux.

Outre les nombreuses découvertes et échanges autour de l’enseignement bilingue, les enseignants ont été marqués par certains traits de l’enseignement “à l’américaine” : valorisation des élèves, prise en compte de leurs profils et leurs émotions, développement de la compétence orale dès le plus jeune âge et de l’autonomie, sentiment d’appartenance à une communauté.

Les enseignants sortent de cette expérience renforcés de manière significative voire forte quant à leurs motivations et leur volonté d’engagement au service de l’enseignement en langue anglaise, leurs compétences linguistiques, mais aussi dans la richesse de leur regard et de leur bagage pour aborder cet enseignement : ouverture, réflexion, pratiques, ressources ; enfin, leur volonté de soutenir et d’exploiter l’engagement partenarial de leur établissement.

Retrouvez leurs retours d’expérience agrémentés de photographies

Samantha Leggeri, enseignante de moyenne et grande section à l’école Ernest Lavisse, Saint Quentin (02)

Du 8 au 22 février 2020, nous nous sommes rendus à Tulsa en Oklahoma afin d’observer les pratiques pédagogiques dans une école qui a mis en place l’immersion en français et en espagnol. Il s’agit de l’école Eisenhower à Tulsa. L’académie d’Amiens a envoyé une équipe regroupant des enseignants de tous les cycles de la maternelle au lycée. Cette expérience a été pour moi une aventure enrichissante.
L’immersion commence dès la grande section et cela jusqu’au CM2. Dès l’âge de six ans, l’élève est plongé dans un bain linguistique. Le taux de l’immersion est à 100% les deux premières années de scolarité (grande section et CP). Il commence à apprendre à lire en français. L’immersion décroit au fur et à mesure. J’y ai rencontré des enseignants passionnés par leur façon d’enseigner. Nous avons été bien reçus et les enseignants ont aimé partager avec nous.
J’ai notamment observé les enseignantes de grande section et de CP qui mettent en place un gros travail autour du vocabulaire. L’enseignante de grande section travaille avec les comptines au départ mais la totalité des enseignements se fait en français, de même en CP. Chaque semaine une lettre est apprise, une liste de mots est à apprendre par les élèves et est envoyée aux parents. Cette liste est illustrée afin que les élèves comprennent.
En CP, l’enseignante travaille sous forme d’ateliers. Les élèves bénéficient d’outils sur lesquels ils peuvent s’appuyer. Un travail autour de la lecture est aussi mené. Chaque semaine les élèves lisent un livre en français. En mathématiques la même méthode est utilisée de la maternelle à la terminale. Les apprentissages en langues sont focalisés autour de cinq compétences : l’oral, l’écoute, l’écrit, la lecture et les compétences de communication.
Nous avons pu échanger autour de nos pratiques personnelles. Ce voyage a aussi permis de se rassurer, les difficultés rencontrées sont les mêmes que celles que nous rencontrons. Ce fut une expérience inoubliable.

Claire Hubert, enseignante de CM2 à l’école René Descartes, Creil (60)

Ce projet mobilité à Tulsa dans l’état d’Oklahoma fut une expérience très enrichissante autant sur le plan personnel que sur le plan professionnel. C’était une chance unique de pouvoir découvrir un autre système scolaire, une autre façon d’enseigner et de communiquer avec ses élèves.
Pour ma part, je garde à l’esprit de nombreux points, que je veux mettre en place en classe si possible dès la rentrée de septembre en collaboration avec certains de mes collègues.
En premier lieu, l’amplification de la valorisation des projets au sein de l’école tels que le projet immersion qui pour l’instant ne concerne que le cycle 3, les travaux d’élèves…Le but étant de valoriser le travail de nos élèves mais également de donner envie aux autres d’intégrer de tels projets.
Il en est de même pour la place importante que prend l’oral dès le plus jeune âge avec la mise en place de « speech arts » où les élèves, dès le CE1, présentent devant un jury composé de parents et de professeurs une poésie, une mise en scène d’album, un exposé sur un sujet de leur choix. Cet apprentissage permet aux élèves une aisance à l’oral impressionnante.
Il y a tellement d’aspects positifs à retenir que ce serait trop long de tous vous les relater alors si jamais cette opportunité s’offre à vous, saisissez-la.

Olivier Soudé, École Jules Barni, Amiens (80)

Chacun connaît l’adage « les voyages forment la jeunesse ». Les Anglo-Saxons utilisent l’expression « travels broaden the mind » qui parle des voyages comme moyen d’élargir l’esprit. L’enseignant du primaire est relativement isolé dans sa classe, les collègues de son école enseignant souvent à des niveaux de classe différents du sien.
Avoir eu l’opportunité d’observer différents enseignants sur un niveau équivalent dans un système éducatif différent du nôtre m’apparaît non seulement bénéfique mais indispensable pour évoluer. C’est un enrichissement sans pareil. Il y a bien sûr l’aspect fraternel mais aussi l’aspect didactique et les pratiques pédagogiques différentes ou qui auraient été difficilement envisageables sans les voir vues préalablement mises en œuvre. Le rituel d’accueil en anglais, à l’ouverture de la porte de classe, permet à la fois de s’enquérir rapidement du niveau émotionnel de chaque élève et augmente l’immersion.
C’est l’occasion de brasser le lexique autour des émotions et de solliciter des structures grammaticales et des marqueurs temporels pour peu à peu monter en charge et étoffer les phrases. Lors des speech arts, les élèves nous ont surpris dans leur grande majorité par leur éloquence et leur maîtrise de la seconde langue, qu’elle soit espagnole ou française.
En reprenant l’idée d’un festival, les élèves volontaires de cours moyen de l’école seraient placés dans une situation motivante pour produire un langage fonctionnel (présentation d’une passion, d’un personnage historique) ou authentique (lecture d’un album, d’un extrait de roman) en Anglais. D’une manière générale, l’attitude bienveillante des enseignants américains vis-à-vis de l’oral produit par les élèves lors de l’immersion me renforce dans cette approche. Lors des séances de DNL / EMILE, il s’agit de ne pas briser l’élan des élèves vers la production orale. Sur la gestion de classe, l’apprentissage socio-émotionnel m’a particulièrement marqué. Une étude publiée au Canada démontre l’aspect prédictif des compétences socio-émotionnelles sur la réussite scolaire et plus largement sur la santé physique et mentale à l’âge adulte.

Christelle Henocq, enseignante de mathématiques au Collège Sagebien, Amiens (80)

J’enseigne les mathématiques en collège depuis près de 30 ans et je suis impliquée depuis 3 ans dans la mise en place d’un dispositif d’immersion au sein du collège Sagebien . Dans ce cadre j’enseigne une partie de mes cours en anglais et j’ai eu la chance de pouvoir assister à Tulsa (Oklahoma) à de nombreux cours de mathématiques de l’Elementary school jusqu’à la High school.
J’ai été très étonnée de découvrir que les professeurs doivent suivre quasiment à la lettre le « curriculum » ( programme écrit séance par séance). Aucune différentiation de contenu n’est proposée aux élèves mais une petite interrogation écrite « flash » est mise en place systématiquement au milieu de chaque heure de cours. Elle permet au professeur de voir immédiatement qui n’a pas compris la notion abordée.
Les évaluations des élèves sont toutes sous forme de QCM ou de questions à courtes réponses. La rédaction importe peu. L’oral par contre a une grande place dans l’enseignement de façon générale ; dès le plus jeune âge, les élèves sont incités à se produire devant leurs camarades, leurs parents, leurs professeurs et sont chaudement félicités pour leur prestation.
En classe, la moindre attitude positive, si minime soit-elle, est valorisée. Grâce à cette expérience unique, je vais pouvoir dorénavant mettre en place ces aspects positifs lors de mes séances de DNL.

Sylvain Meissonnier, enseignant de sciences économiques et sociales, lycée André Malraux, Montataire (60)

Étant néo-titulaire, cette année scolaire est emplie de découvertes. L’opportunité inattendue de réaliser une immersion en Oklahoma renforce ce constat. Parmi tous les enseignements de cette expérience unique, j’en retiens deux.
D’une part, j’ai pu amorcer des progrès inespérés au niveau de la compréhension et de l’expression orale en anglais. Un certain blocage a pu être dépassé et m’encourage à poursuivre les efforts entrepris. Le chemin à réaliser pour avoir un niveau correct est encore très long. Néanmoins, j’aspire à intégrer progressivement de l’anglais dans mes cours de Sciences Économiques et Sociales. Comme le lexique économique est souvent constitué d’anglicismes, je souhaite pouvoir développer le bilinguisme des élèves qui me sont confiés en les conduisant peu à peu vers des documents rigoureux en anglais.

D’autre part, cette immersion m’a permis d’amorcer un travail d’enquête sociologique qui vise à comparer les aspirations des lycéens américains à celles des lycéens français. Dans l’imaginaire collectif, le rêve américain est assimilé au mythe du self-made man Mise à niveau . Au moyen d’enquêtes qualitatives et quantitatives, je me suis alors demandé si ce mythe de l’individu qui se construit seul sans l’influence de son environnement est prégnant. J’ai alors pu le nuancer dans une certaine mesure même si l’individualisme est perceptible dans de nombreux aspects du système scolaire (il faut cependant souligner l’expression de sentiments d’appartenance à divers groupes). J’ai également pu percevoir que les ambitions des élèves interrogés semblaient être moins corrélées à leur origine sociale. Commencer à entrevoir de tels enseignements est passionnant. C’est pourquoi je souhaite approfondir ces premières conclusions limitées.

En définitive, face l’étonnement perpétuel lié à la découverte d’un autre système éducatif et a fortiori d’une nouvelle culture, la soif de comprendre et d’expliquer semble insatiable. La citation de Socrate prend alors tout son sens : « Ce que je sais, c’est que je ne sais rien ».

Latifa Madej

J’ai eu l’opportunité sur une proposition de la DAREIC, de l’inspection d’anglais, de mon inspection et de ma principale de passer 17 jours en immersion en Oklahoma. J’ai co-accompagné, avec une collègue de la DAREIC, le groupe des « Fellows » 2019- 2020. Ces élèves issus de différents lycées de l’académie sont sélectionnés tous les ans à partir d’un dossier proposant un thème de recherche qu’ils auront à développer sur place et à rendre quelques semaines après leur retour.
L’immersion est la pierre philosophale de cet échange. A la fois moyen et but, peur et exaltation, l’inconnu et la découverte des autres et de soi. Dive into Oklahoma ! C’est l’assurance de revenir grandi intellectuellement, physiquement, culturellement et sentimentalement car s’ouvrir aux autres devient une question de survie.
J’ai partagé le quotidien de Stacey, professeur d’EPS Education physique et sportive et d’Anglais. Du lever au coucher, chez elle avec sa famille, à ses activités culturelles et sportives, au lycée avec ses élèves, dans ses préparations de cours… Une femme singulière mais combien remarquable de gentillesse et de partage qui a contribué à aiguiser davantage encore ma soif de connaître, de découvrir et de partager. Puis ce qui est remarquable c’est que nous devenons plus qu’« exotique » (dixit M. Jean Bourdin, DAREIC de l’académie), nous réalisons combien notre identité Culturelle, Historique, Professionnelle et Familiale
est une richesse à partager et nous devenons même parfois la promesse d’un rêve pour nombre d’Oklahomiens que nous avons croisés. Je dis nous car je parle ici pour le groupe, c’est l’expérience de l’immersion qui donne cette profondeur aux relations humaines.
Ce séjour m’a permis de développer de nombreuses compétences professionnelles.
J’ai tout d’abord affiné ma connaissance du système éducatif et politique Américain, même s’il ne faut pas perdre des yeux que l’Oklahoma est 1 des 50 États d’Amérique et qu’il a sa propre identité.
J’ai mis des visages sur la mixité culturelle et la complexité de la problématique d’intégration. Je me suis abandonnée dans la résurgence d’une Identité Amérindienne aux multiples et complexes facettes.
J’ai ensuite pris un plaisir fou à reprendre le chemin de la fac (University of Central Oklahoma) et revoir les bases de la pédagogie du métier d’enseignant, versus USA.
J’ai engrangé de nombreuses pistes didactiques sur l’enseignement des langues et m’en suis construite de nouvelles.
Et enfin, j’ai mis le pied à l’étrier en co-enseignant et en enseignant à des lycéens et des élèves de primaires.
C’est l’interaction avec les diverses personnes que j’ai rencontrées qui m’a permis de revoir ou de développer mes compétences. Loin d’être abouti, ce séjour est un tremplin, qui ne change pas fondamentalement ma vision de l’enseignement mais qui l’enrichie considérablement. Enseigner et apprendre, c’est communiquer et interagir, l’EPS et les langues sont des vecteurs culturels très forts.

Mise à jour : 17 juin 2020