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Des lycéens des Hauts-de-France au Festival International du Grand Reportage d’Actualité et du documentaire de société « Les Ecrans de la Réalité »

Du mercredi 13 au dimanche 17 mars 2019

10 lycéens de la Région Hauts-de-France ont eu la chance d’être sélectionnés pour décerner le prix du jury jeunes au FIGRA, catégorie documentaires de plus de 40 mn au cinéma Ociné et au théâtre le moulin à café. Et parmi eux, Léanne, une lycéenne d’Abbeville.

Les lycéens participent à la compétition, au même titre que le jury professionnel et assistent à la projection des documentaires, soit 17 films à regarder pendant les 4 jours que dure le Festival.

Les lycéens, membres du jury, sont originaires des lycées du Touquet, de Saint-Omer, de Roubaix, d’Arras, de Douai, de Lille, de Bapaume, de Montigny en Ostrevent, d’Aire sur la Lys et d’Abbeville. Ils viennent aussi bien de lycées généraux et technologiques que de lycées professionnels. De par leur diversité, leur regard sur les documentaires est différent et complémentaire. Ils ont tous fait acte de candidature auprès du CLEMI Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information de Lille et ont été sélectionnés sur lettre de motivation. Ils doivent sélectionner un documentaire parmi les 17 proposés.

Cette sélection de 17 documentaires est avant tout un voyage. On découvre :

  • Le Canada, avec le portrait de son Premier Ministre, Justin Trudeau,
  • La Pologne et son programme politique du « Bon changement »,
  • La désolation au Yémen,
  • Les femmes et la recherche d’une solution pacifique au conflit israélo-palestinien,
  • Les convoitises de la Chine et de son leader Xi Jinping,
  • Une amitié intense et une bibliothèque à l’épreuve des bombes en Syrie,
  • La pollution en Afrique du Sud
  • L’enfer des migrants d’Afrique subsaharienne
  • Les implications de la Russie dans la guerre de l’information et des média,
  • Le régime dictatorial en Biélorussie,
  • Le Congo et la lutte des jeunes pour le départ du Président Kabila,
  • La Corée du Nord et ses moyens de financement de son industrie nucléaire,
  • Les exactions en Libye.

C’est aussi la dénonciation de pratiques troubles :

  • L’omnipuissance de la banque BNP Paribas mais à quel prix,
  • Le lucratif commerce de la vente d’armes en France,
  • La poursuite du développement de l’énergie nucléaire envers et contre tous en France,
  • La rentabilité des hôpitaux français au détriment de l’humain.

Ces sujets graves, douloureux, bouleversent le jury des lycéens. Les sujets traités, les situations décrites sont difficiles et les enquêtes périlleuses mais menées avec le souci de s’approcher de la vérité. Il n’est pas facile quand on a 17 ans de découvrir que le viol des hommes est devenu en Libye une redoutable arme de guerre !

Entre chaque projection, les lycéens sont invités à rejoindre le salon VIP où cafés, thés, jus de fruits, biscuits… sont à discrétion. Ils côtoient les autres jurys et peaufinent leurs notes prises, en toute confidentialité, se désaltèrent et se ressourcent avant la projection suivante.

Le jury jeune a de quoi faire. La qualité des documentaires sélectionnés, la gravité des sujets abordés ne laissent pas indifférents et chacun dans le respect de l’autre doit défendre son point de vue. Les lycéens doivent tous parler et si certains sont moins habiles que d’autres à exprimer leurs idées, le climat d’écoute, de respect et d’amitié qui s’établit, les aide à prendre confiance et à argumenter.

Pour décrypter les images, quelques questions s’imposent.

  • Quel est le sujet traité et pourquoi ce choix ? Quelles sont les intentions de son ou ses auteur(s) ? Sous quel angle le sujet est-il abordé ? Quelles sont les émotions ressenties en regardant le documentaire ? Est-ce un documentaire d’investigation ?
  • Comment est construit le documentaire, à quelle progression obéit-il ?
  • Comment caractériser les images ? (images d’archives, images sur le terrain, images volées, images de synthèse) Comment les images sont-elles cadrées, dans quel décor et dans quel contexte ?
  • Que dire des personnes interviewées ? Quels regards, témoignages, explications ou informations apportent-elles ? Comment filmer des témoignages et faire en sorte que la parole se libère ?
  • Quelle est la structure du documentaire ? Quelles en sont les différentes parties ?
  • Quel rôle apporte l’accompagnement musical, les voix off, schémas ou graphiques ?
  • Que retient-on de ce documentaire ? Le sujet a t-il été bien traité ?

A ces questions formulées, il s’agit d’apporter des réponses simples.
Chaque soir, les lycéens établissent un classement des films de la journée. Et le dernier jour, il s’agit de déterminer le film qui sera récompensé. Le jury des lycéens a été sensible au récit de vie, au côté vécu, aux témoignages. Ils ont préféré l’aspect humain plutôt que le documentaire d’investigation, et le choix a été difficile parmi 3 films qui racontaient des histoires de vie et qu’ils ont retenus :

  • Les Guerrières de la Paix , documentaire qui véhicule un message universel de tolérance en Israël et Palestine,
  • Congo Lucha , raconte comment un groupe d’amis lutte pacifiquement contre le retour du Président Kabila. Cela aurait pu être une belle histoire mais elle s’achève brutalement par l’assassinat du leader du groupe, Luc. Ce crime plonge le spectateur dans la sidération,
  • Daraya, la bibliothèque sous les bombes  : à Daraya, en Syrie, un groupe de jeunes gens profondément unis, décide de créer une bibliothèque pour résister à l’enfer de l’anéantissement de leur ville sous les bombes. Ces jeunes gens plongés dans le chaos, sont malgré tout, heureux et lumineux ; ils rayonnent dans une ville anéantie où le danger est omniprésent et peut frapper à tout moment. Le jury a été très sensible aux belles phrases qui ponctuent le récit : « Les livres, c’est ce qui m’aide à rester humain » Omar, un combattant. « On peut réparer un œil mais on ne peut pas lui faire oublier ce qu’il a vu » Shadi, le héros qui a filmé les terribles moments de vie que les amis ont partagés. Dans la ville détruite, renait des tags, des dessins… comme une ode à la vie.
    Les Guerrières de la Paix, Congo Lucha ou Daraya, la bibliothèque sous les bombes ont ceci en commun qu’ils mettent en avant des histoires de résistance, que ce soit par la parole, les rencontres, les manifestations, les livres et même l’art…

Et comme Juline, au nom du jury des lycéens, l’exprime :

Nous les jeunes, nous avons désespérément besoin de messages d’espoir. Ce pourquoi nous avons décidé de choisir Daraya, la bibliothèque sous les bombes.
Et ce choix s’est fait pratiquement à l’unanimité … et je ne peux que m’en féliciter en tant qu’enseignante documentaliste !

A noter que le Grand Prix du FIGRA a aussi été décerné à Daraya, la bibliothèque sous les bombes et que le prix spécial du jury a été attribué à Congo Lucha. Les Guerrières de la Paix a aussi obtenu le prix Mention Spéciale. Le choix du Jury Jeunes reflète les choix des professionnels. Bravo à eux, pour la qualité de leur jugement et leur professionnalisme.


Mise à jour : 3 mai 2019