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Présentation du Projet Cré@tion

Collaboration, Réflexion, Activités et Travaux innovants numériques.

Depuis octobre 2017, notre académie participe au projet création : Collaboration, Réflexion, Activités et Travaux innovants numériques. Cré@tion est un projet de recherche qui associe l’université de technologie de Compiègne (UTC), l’université de Lille, la DANE Délégation académique au numérique éducatif et trois établissements du bassin compiégnois : les collèges André Malraux et Claude Debussy et le lycée Mireille Grenet.

 Les objectifs de la démarche

Cré@tion interroge le travail collaboratif médié par des outils numériques tactiles. Son objectif est de favoriser l’apprentissage du et par un travail globalement collaboratif. Il vise à développer des pratiques pédagogiques collaboratives à l’aide de technologies numériques tactiles multipoints. Dans ce projet, les outils numériques ne remplacent pas l’humain, ils sont à son service, tantôt facilitateurs, tantôt gardiens de la mémoire du projet, tantôt aide méthodologique et encore bien d’autres choses.
Ce sont les interactions entre les membres de chaque groupe qui sont scrutées : les échanges verbaux et non verbaux, les croisements perceptifs, les conflits créatifs, les négociations en vue d’obtenir un consensus, la co-construction de solution…

 Quelles technologies numériques sont mises à disposition des élèves ?

L’UTC met à disposition sa halle numérique composée de 5 ensembles incluant chacun une table tactile et un écran multipoints équipés d’un logiciel spécifique.
Contrairement aux outils numériques « traditionnels », ces dispositifs sont conçus pour une utilisation simultanée à plusieurs.

Halle numérique mis à disposition par l’UTC d’Amiens

En effet, nos PC, nos tablettes sont strictement mono-utilisateur : un seul clavier, une seule souris ou un seul pavé tactile, un seul écran, une seule orientation des fenêtres… L’outil ainsi conçu ne permet pas de travailler à plusieurs autour d’un ordinateur en interagissant simultanément avec la machine. Ces types d’écran finissent par enfermer l’utilisateur dans une page, annihilant les croisements perceptifs, ces échanges non verbaux qui interrogent, cherchent l’approbation de l’autre, expriment un doute ou un consentement.
Les dispositifs de la halle numérique sont conçus pour favoriser ces échanges précieux : ce sont des surfaces partagées combinant une surface de travail horizontale à une surface de travail verticale. Entre les deux et autour de la table, l’espace de travail est suffisant pour circuler aisément, sans entrave. C’est pourquoi les sièges qui entourent la table sont très légers pour être déplacés et privilégient une position semi-debout adaptée à la fois pour les échanges dans le groupe et pour les phases de réflexion individuelle.

En effet, pour effectuer un travail « globalement collaboratif » [1], la présence d’espaces personnels de travail pour chaque membre du groupe semble nécessaire, la collaboration n’intervenant qu’en combinant plusieurs modalités de travail :

  • travail individuel
  • communication et coordination
  • coopération (assemblage de travaux individuels)
  • collaboration (co-construction)
Séance de travail à l’UTC
Séance de travail à l’UTC

 Un projet intrinsèquement innovant ?

Cré@tion est ainsi un projet de recherche innovant sur le travail collaboratif des élèves où l’essentiel des observations de terrain se fait dans un espace numérique instrumenté dédié au travail collaboratif : la halle numérique de l’UTC.
Cré@tion est aussi un projet de recherche innovant qui associe pleinement les équipes enseignantes participantes afin de faire co-évoluer les méthodes pédagogiques en lien avec les outils numériques matériels et logiciels. En effet, en amont des séances avec les élèves, ce sont les enseignants qui se prêtent au jeu de la collaboration pour « monter » leur projet d’équipe et préparer les séquences pédagogiques. Accompagnés par Andrea Tucker, doctorante attachée au projet, ils s’approprient la démarche et les pratiques collaboratives en préparant les séances de travail de leurs élèves.

Andrea Tucker, doctorante en sciences de l’éducation

Cet accompagnement se poursuit tout au long de leur projet pédagogique au grès des besoins et des ajustements nécessaires…
… car chacun le sait, il ne s’agit pas de mettre des élèves autour d’une table, tactile ou pas, pour que tous travaillent, contribuent, expriment leurs talents et développent ou confirment des capacités ou des compétences.

 Alors, c’est quoi collaborer ?

… ou plutôt, qu’est-ce que ce n’est pas ?

Ce n’est pas placer des élèves en ilot et autoriser les échanges à voix basse ou en chuchotant autour d’un sujet pour répondre chacun de son côté dans le cadre réponse situé sous chaque question du poly avec pour consigne complémentaire un temps limité.

Ce n’est pas demander une production finale collective qui, dans les faits est réalisée par l’élève désigné par le groupe comme étant le plus capable, pendant que les autres occupent le temps imparti comme ils peuvent en attendant d’apposer leur nom sur l’unique copie reflétant le soi-disant travail du groupe … sans parfois même y jeter un œil.

Ce n’est pas donner à réaliser un travail individuel avec pour consigne que le premier à avoir fini aura pour rôle d’aider les autres.
Ce n’est pas partager le même espace de travail, les mêmes ressources, les mêmes outils : un PC, une tablette pour 2, 3 ou 4.

… même si tous ces éléments peuvent y contribuer, ils ne sont qu’un petit pas vers la mise en place d’une séance de travail globalement collaboratif.

Le travail collaboratif se produit lors de la co-élaboration, la co-construction ou la co-évolution d’un ensemble de tâches qui sont réalisées par l’ensemble des participants dans un but commun [2]. Ainsi, à l’issue d’un travail collaboratif, il n’est plus possible de distinguer l’apport individuel de chaque participant, car les contributions de chacun ont été reprises, modifiées, amendées et sont venues s’enrichir les unes avec les autres. C’est ce qui le différencie du travail coopératif qui lui résulte de l’assemblage de travaux individuels, telles les pièces d’un puzzle. [3]]

La collaboration ne s’improvise pas, elle nécessite d’être inscrite dans une démarche composée de différentes étapes permettant à chacun d’exprimer ses idées, d’argumenter, rebondir sur les idées des autres pour les compléter et les modifier. C’est la condition qui permet qu’un travail bénéficie de l’intelligence collective.

 Quelle démarche ? De guider à guidance

Cré@tion invite les équipes enseignantes à inscrire leur projet dans une démarche de « type projet », inspirée des méthodes agiles utilisées dans le pilotage de projet en entreprise.

Retrouvez les différentes étapes :

  1. La commande : Elle correspond à la prise en charge de l’étude, présentation de l’objectif visé et ébauche du livrable final.
  2. L’analyse de la situation ou clarification du projet : Construire un questionnement (problématique) pour clarifier les attentes et s’assurer une parfaite compréhension de la commande, lister les contraintes à prendre en compte et proposer un inventaire des stratégies/des pistes de solution
  3. La structuration du projet / choix des stratégies : Définir les tâches, leur ordonnancement, la manière de les regrouper afin de préparer leur réalisation.
  4. Le montage et La planification du projet : Définir les rôles/responsabilités par rapport aux lots de tâches ainsi que le calendrier (les jalons : moments clés du projet), mobiliser les acteurs et les ressources
  5. Le suivi et recalage : Déterminer les indicateurs de réussite de l’avancement du projet, mesurer la distance entre le prévisionnel et le réel,développer des ajustements, de nouvelles stratégies,garantir la cohérence entre la mise en œuvre et l’objectif visé
  6. Le bilan et perspectives : Rendre compte du projet, des démarches suivies, des réajustements éventuels, des difficultés rencontrées, des outils qui ont fonctionné …ou pas, des suites à donner…

Avant même la première séance instrumentée, la première étape, celle du « lancement du projet » est primordiale. Susciter l’intérêt, provoquer l’appétence, telle est la mission de l’équipe enseignante.

Charge à elle aussi de donner les ingrédients de base … difficile de faire un gâteau sans œuf ni sans farine ! C’est tout l’enjeu du travail préparatoire en classe : apporter les éléments permettant aux élèves de rendre leurs futurs apprentissages opérationnels tout en laissant la porte des possibles béante. Apporter des œufs et de la farine, demander à ce que le plus délicieux des gâteaux soit réalisé. Cela alors que « l’enseignant superviseur du moindre détail affectionne de donner une recette parce c’est ce qu’il fait depuis toujours ». C’est vrai qu’il est rassurant de proposer une recette à suivre « pas à pas », à la fois pour les élèves, mais aussi pour les parents, la hiérarchie, du moins le pense-t-il. Car pour lui, la meilleure des recettes, il la connait, il la pratique depuis longtemps, il l’a peaufinée, y a ajouté des ingrédients magiques et des touches uniques de savoir-faire. Son gâteau est à n’en pas douter le meilleur : il peut l’enseigner les yeux fermés.

Cependant, ne pas tout dire, ne pas tout enseigner, ne pas livrer sa propre perception du livrable, laisser sciemment des zones d’ombre, proposer des éléments qui ne trouveront leur cohérence et leur intérêt que plus tard dans le projet, c’est déjà un changement de posture.

Changement de posture qui se confirme une fois les élèves installés dans la halle numérique.

La halle du numérique

Rien de frontal ici, l’agencement même de la halle numérique ne le permet pas. Chaque groupe d’élèves dispose d’un espace propre matérialisé par des cloisons. Certes il est toujours possible de réunir l’ensemble des élèves dans un box, notamment pour le rappel des consignes de travail mais une fois la séance lancée, chaque groupe est « isolé » des autres, en immersion.

A l’enseignant de revêtir la posture de l’accompagnant en navigant de box en box : tout en restant en retrait, il va devoir repérer les moments propices pour procéder à un étayage à deux échelles, celle de l’individu ou celle du collectif.
Cependant, qu’il s’adresse directement à un élève ou à l’ensemble du groupe, sa démarche est celle de « l’ami critique ». En effet, il ne valide ni n’invalide les choix des élèves mais les amène à expliciter leur démarche pour l’ancrer davantage dans les objectifs de la séance. Il chemine avec le groupe sans se substituer à lui, il étaye sans donner de solution.

Et tout cela n’est pas facile car l’enseignant, dans un rôle d’accompagnant, est davantage amené à écouter qu’à parler. Pour un professionnel de la parole, l’écoute active à une telle intensité n’est pas habituelle : respecter les pauses réflexives, les silences, relancer les interactions à l’intérieur du groupe au moment propice sans en prendre les commandes, dynamiser en respectant la parole de l’élève, … sont autant de défis pour l’enseignant.

Mise à jour : 15 mars 2019