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Architecture

 Découvrir Pierrefonds, autrement

Il suffit d’emmener au château de Pierrefonds un groupe d’élèves pour constater la fascination et l’enthousiasme que provoque, dès sa première vision l’édifice. La série « Merlin » dans laquelle le château est traité comme un acteur à part entière ne fait que renforcer cette impression, Notons également que le château de Pierrefonds dispose d’un excellent service éducatif susceptible de fournir conseils et outils pédagogiques aux enseignants qui souhaiteraient en faire la visite. Paradoxalement, ce sont les départements de la Région Nord de la France ou de la Région Parisienne qui fournissent le plus de visiteurs scolaires plus que le département de l’Oise. Il est donc temps de découvrir ou de redécouvrir autrement Pierrefonds…. On peut garder à l’esprit que c’est précisément le château de Pierrefonds qui inspira à Louis II de Bavière, le célèbre château de Neuschwanstein dans les Alpes Bavaroises et que c’est ce dernier édifice qui inspira Disney pour son château de « la Belle au bois dormant ».

Quel contraste, lorsque l’on découvre, la masse fantastique du château de Pierrefonds émergeant de la forêt, tel celui de la Belle au bois dormant s’ouvrant sous les pas du prince et les critiques qui, elles, n’avaient rien de charmant dont on a abreuvé l’édifice pendant plus d’un siècle. Fort heureusement ce dénigrement parfois systématique et outrancier fait désormais place à une tendance à la réhabilitation de l’œuvre de Viollet-Le-Duc. Du moins, fait-on, désormais, une autre lecture historique et architecturale du château de Pierrefonds et c’est tant mieux.

HISTORIQUE DE LA RECONSTRUCTION

La visite des ruines romantiques à souhait du château de Pierrefonds fait systématiquement partie du programme des balades fixées par l’Empereur Napoléon III et l’Impératrice Eugénie, lors des célèbres « séries de Compiègne ». Très vite l’habitude est prise de consacrer le deuxième jour du séjour des invités à la visite de Pierrefonds. Le protocole très allégé à Compiègne par rapport à celui des Tuileries, permet des divertissements champêtres. Lorsque les conditions météorologiques le permettent, Eugénie qui apprécie tout particulièrement les sorties de plein air et la nature, se plaît à programmer des pique-niques dans les ruines.

Quel est l’aspect du château à cette époque ? L’édifice de Louis d’Orléans a été démantelé par ordre de Richelieu toutefois, il n’a pas été « rasé à hauteur d’infamie » comme tant d’autres et il en reste donc, dans la seconde moitié du XIXème siècle, même si le château a parfois servi de carrière de pierre aux habitants, des ruines fort imposantes qui inspirèrent le peintre Camille Corot (1830) . Si l’ensemble des bâtiments a été privé de ses toitures, cependant des pans de courtine s’élèvent encore jusqu’au niveau du chemin de ronde inférieur ; les huit tours ont, en ce qui les concerne, été largement éventrées. Des logis et bâtiments intérieurs, il ne reste que des vestiges informes si l’on excepte le donjon qui, pour sa part, a été relativement préservé.

GENESE ET FINALITE DE LA RECONSTRUCTION

Les premiers travaux de reconstruction répondent au souhait de l’empereur et de l’impératrice d’avoir « un pied à terre » leur permettant d’accueillir un nombre restreint d’invités ou encore d’effectuer un court séjour. A aucun moment, toutefois, Napoléon III n’a envisagé de faire de Pierrefonds, l’une des résidences impériales. Le choix de l’architecte de l’empereur, Eugène Viollet-Le-Duc se pose sur le donjon et le logis seigneurial dont les structures porteuses ont assez bien résisté au temps comme aux outrages humains. Mais, pas plus le dessein de l’empereur que celui de l’architecte n’envisage, dans un premier temps, une reconstruction intégrale du château. Le donjon et le logis seigneurial auquel il accole un escalier à vis hors d’œuvre dans le style de la Renaissance ainsi que deux grosses tours dont la restauration avait été entreprises pendant le règne de Louis-Philippe, sont reconstruites en 1858 dans un style assez sobre mais l’ensemble se maintient dans l’esprit de ruines pittoresques.

Le résultat enthousiasme Napoléon III qui, dès 1862, de concert avec Viollet-Le-Duc décide. la reconstruction totale de l’édifice. D’emblée, il s’agit bien d’une reconstruction et non d’une restauration à l’identique ou d’une restitution du château de Louis d’Orléans. Le chantier qui débute courant 1862 s’est prolongé bien au-delà de la chute du Second Empire puisque les derniers travaux furent achevés en 1884.

Pour quelles raisons l’empereur et l’architecte ont-ils fait ce choix ?

En cette première partie du Second Empire, l’art est encore sous l’influence d’une vision romantique, pour ne pas dire romanesque, de la période médiévale. En outre l’art du Second Empire n’existe pas en tant que tel mais se présente comme un patchwork de tous les styles précédents. Dans l’esprit de l’architecte, Pierrefonds doit se présenter comme « un festival d’architecture et de décor », rêve de pierre propre à évoquer le monde disparu de la vie princière au Moyen-Age. Mais l’édifice doit également être didactique dans la conception et l’organisation de ses espaces si l’on veut faire revivre le mode de vie de l’époque. L’empereur et son architecte, certes, souhaitent relever les ruines mais aussi les compléter dans une lecture différente de l’origine puisqu’elle tend à proposer un château idéal du XVème siècle.

La finalité de la reconstruction de Pierrefonds est double puisque Napoléon III aspire à disposer d’un lieu dans lequel il pourrait présenter dans un environnement adéquat son importante collection d’armures (présentée partiellement, de nos jours, aux Invalides). Il pense aussi faire du château un outil pédagogique dans l’éducation militaire de son fils, le Prince Impérial. Des maladresses contribuèrent à faire naître un pamphlet : « un joujou pour Loulou » ! Et pourtant quel enfant ne rêverait pas d’avoir un tel jouet à sa disposition !

LES CONSÉQUENCES ARCHITECTURALES

L’œuvre de Viollet-Le-Duc met les innovations techniques et l’utilisation de matériaux nouveaux au service de la restauration ou de la reconstruction des monuments historiques et c’est tout à l’honneur de l’architecte qui s’éloigne, là encore, de la notion de restitution à l’identique. Il n’empêche que l’œuvre de Viollet-Le-Duc à Pierrefonds immédiatement vilipendée fut décriée jusqu’à une époque récente. On ne voulait y voir qu’une reconstitution fantaisiste, au mieux, une restauration dans le style troubadour. C’était ne pas tenir compte de la finalité et des objectifs affirmés par l’empereur et son architecte. On est, désormais, revenu à un regard plus apaisé, plus lucide aussi, qui permet à l’œuvre de Viollet-Le-Duc, à Pierrefonds de connaître une réhabilitation justifiée.

Pour quelles raisons Pierrefonds et son architecte ont-ils subi un tel dénigrement ?

Lors de la chute de l’empire en 1870, le chantier de Pierrefonds est loin d’être achevé ; il ne sera clos qu’en 1885, soit, six ans après la mort de l’architecte. D’emblée, la Troisième République voue aux gémonies l’œuvre de l’empire dans son ensemble. Viollet-Le-Duc, architecte favori de Napoléon III subit de plein fouet le mouvement. L’ostracisme dont, il est victime se prolonge jusqu’à sa mort en 1879. Mais la marginalisation de son œuvre se prolonge bien au-delà, pratiquement pendant un siècle. Rarement, un homme et ses travaux eurent à subir un tel flot de critiques, d’incompréhension voire de calomnies. On est désormais revenu à un regard plus apaisé, plus lucide aussi, qui permet à l’œuvre de Viollet-Le-Duc, à Pierrefonds comme à son architecte de connaître une réhabilitation justifiée. Depuis une vingtaine d’années, les architectes et les historiens de l’art s’efforcent de rendre sa place légitime à l’œuvre de cet architecte d’exception.

L’architecture du château

Il faut distinguer dans la reconstruction du château, deux parties bien distinctes tant dans l’esprit que dans la réalisation :

  • L’extérieur, c’est-à-dire, la courtine, les tours, le châtelet.
  • l’intérieur avec les bâtiments qui encadrent la cour d’honneur et la cour de service où s’ouvre une poterne.

L’extérieur

Le rétablissement des extérieurs du château de Pierrefonds a été l’objet, pendant des décennies d’âpres critiques de la part des historiens de l’art et des architectes. Ceux-ci ne voulaient y voir qu’un salmigondis d’éléments relevant de l’imagination pure et simple de l’architecte.

Les historiens de l’art actuels ont une attitude plus modérée ; ils estiment, pour la plupart, que la restauration de l’extérieur du monument est assez réussie et conforme à l’aspect du château initial. Dessinant un pentagone, la courtine était flanquée de huit tours rondes, cinq aux angles dont une abritait l’abside de la chapelle et les autres au milieu de trois des côtés. Les nombreuses critiques qui ont pris pour cible la reconstitution extérieure ont ainsi fait long feu à l’étude approfondie des documents ou à la découverte in situ.

Ainsi a-t-on pu prouver que le double chemin de ronde superposé, les toitures en poivrière existaient bien dans le château initial, de même que les niches et les statues des preux. Selon une disposition fréquente à partir de la fin du XIVème et du début du XVème siècles, les tours comme les courtines comportaient, au-dessus du chemin de ronde à mâchicoulis, un étage supérieur en retrait, pourvu d’un second chemin de ronde simplement crénelé.

En outre si l’on fait abstraction de l’aspect neuf du château dû notamment à la couleur de la pierre, on rechercherait en vain un esprit troubadour tel qu’on le rencontre au château du Haut-Koeningsbourg ou plus encore au fantasmagorique château de Neuwanschtein ( même si c’est à la suite d’une visite de Pierrefonds en compagnie de Richard Horning, son écuyer que Louis II de Bavière en décida la construction.

L’intérieur

Peu de documents nous renseignent avec certitude sur la disposition et l’organisation des logis et bâtiments intérieurs. Toutefois il faut avoir en tête que Pierrefonds n’est pas une simple forteresse mais une résidence princière conçue pour accueillir les familiers et la cour brillante d’un prince de sang. En outre, l’histoire a conservé le souvenir du faste dont aimait s’entourer Louis d’Orléans. Malgré son caractère défensif, Pierrefonds n’en constituait pas moins l’une des productions les plus raffinées de l’art gothique civil. On peut donc arguer, sans grand risque de se tromper qu’il existe dans le château primitif des logis somptueux comportant de vastes espaces de réception et d’audience ainsi que de nombreux locaux de service. Il ne pouvait en être autrement aux yeux de l’architecte dans la résidence d’un grand prince. C’est en s’appuyant sur ces arguments que Viollet-Le-Duc reconstruit les bâtiments de la cour d’honneur, donnant ici, souvent libre cours à une créativité débordante. Dans cette partie du château, il opte pour un pastiche de l’art de la Renaissance avec un langage décoratif varié et parfois exubérant. Seule, la chapelle castrale reste, dans une certaine mesure dans la tradition néogothique. Dans toute cette partie du château, Viollet-Le-Duc fait plus souvent œuvre de concepteur que de restaurateur. Mais la fantaisie de l’architecte repose sur une connaissance exceptionnelle du style gothique et du décor de la vie féodale. Le résultat est surprenant certes, mais il ne manque pas d’harmonie. Mais le logis, la galerie du Roman de Renard, l’escalier monumental du perron ou encore l’escalier à double rampe intérieur ou la Salle des preuses s’inspirent de divers grands châteaux français et contribuent à constituer « un palais résidentiel » idéal. Viollet-Le-Duc est aussi un pédagogue qui explique ses choix architecturaux en s’appuyant sur sa connaissance encyclopédique de l’époque médiévale.

CONCLUSION

Tel qu’il est le château de Pierrefonds est un merveilleux outil pédagogique ; il suffit pour s’en convaincre d’accompagner un groupe d’élèves lorsqu’il découvre, pour la première fois, l’édifice. Pierrefonds, château de rêve, de contes de fées, mais aussi château idéal de l’imagerie enfantine qui permet d’aborder une variété infinie de thématiques. C’est aussi, à mon sens, un monument majeur de l’art de la seconde moitié du XIXème siècle.

Alain PICKAERT

 Quelques aperçus de l’architecture « briques et pierres » dans le Beauvaisis

Le déterminisme architectural dû tant aux conditions naturelles qu’aux traditions locales se prolongea longtemps dans notre département. Ainsi fallut-il un décret royal, à la veille de la Révolution pour que les toits de chaume trop facilement inflammables fussent remplacés dans les campagnes de la moitié nord du département par des tuiles ou des pannes. Encore la transition fut-elle très lente et mal acceptée. Au cours du XIXème siècle, la brique, dans ces mêmes secteurs, remplace progressivement les murs à pans de bois. C’est souvent le cas pour la maison d’habitation mais moins fréquent pour les bâtiments d’exploitation agricole. La brique, désormais fournie de façon industrielle se caractérise par sa couleur lie de vin générée par la cuisson dans des fours à charbon de terre. Elle se substitue à la brique blonde produite lors d’une cuisson au bois. Toutefois cette disparition des maisons à structures et pans de bois n’est pas générale. Ainsi, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, 70% des maisons de Beauvais sont encore pourvus de colombages et de pans de bois. Cette situation explique mieux la catastrophe des bombardements de juin 1940 qui fit du chef-lieu de l’Oise un immense brasier. Conscients de la fragilité d’un tel urbanisme, les architectes de la reconstruction firent amplement appel à la pierre de taille. Ainsi, à Compiègne, la place de l’Hôtel de ville est-elle reconstruite sous l’aspect d’immeubles discrets laissant en valeur l’admirable façade de l’Hôtel de ville du XVème siècle. Un effort louable est également fait à Beauvais où les architectes Georges Noël et Georges Lefevre sauvent l’élégante façade de 1752 offerte aux Beauvaisiens par l’évêque-comte, René potier de Gesvres, seul vestige rescapé des bâtiments d’avant-guerre du centre-ville, si l’on excepte la cathédrale .Ils conçoivent en réponse à cette façade une place harmonieuse dont les immeubles en pierre reçoivent des baies et des lucarnes ornées de frontons en relation directe avec l’architecture de l’Hôtel de ville. Jusqu’aux années 1970, il n’est pas rare de trouver des immeubles résidentiels en pierre et même parfois des lotissements de pavillons individuels comme la Résidence du Tilloy dans la périphérie est de Beauvais.

Les années 1970 marquent un tournant dans l’histoire de l’urbanisme français. La demande est forte. On construit beaucoup, vite et souvent mal ! On se tourne désormais vers des matériaux certes moins onéreux, plus performants sur le plan acoustique et thermique mais certainement pas plus esthétiques. C’est le règne du béton, du parpaing, des agglomérats divers, du placo-plâtre, des enduits de tout poil et des panneaux préfabriqués. On oublie parfois que le béton vieillit souvent mal sous l’effet des intempéries ou que l’abondance et la diversité de panneaux colorés ne masquent pas toujours l’indigence de la conception architecturale. On a actuellement à Beauvais un exemple flagrant du paradoxe qui règne dans l’architecture contemporaine. Alors que la place Jeanne Hachette fait l’objet d’une réhabilitation comprenant un miroir d’eau destiné à valoriser la façade de l’Hôtel de ville, non loin de là, à l’entrée sud de la ville, le poumon que constituait la place du Jeu de paume avec sa perspective sur la majestueuse façade du lycée Félix Faure fait place à un grand centre commercial dont les baies vitrées, les parements de briques et les panneaux de couleurs verte, turquoise et ivoire ne sauraient qu’étonner le passant.

SIC TRANSIT GLORIA MUNDI !

Mise à jour : 31 janvier 2017