DSDEN 02

Secondes rencontres nationales autour des métiers d’art

Mercredi 5 et jeudi 6 octobre 2016

Jean-Pierre GENEVIEVE, IA-DASEN Inspecteur d’Académie – Directeur Académique des Services de l’Education Nationale de l’Aisne, représentant Valérie Cabuil, recteur de l’académie d’Amiens, chancelier des universités, a ouvert le mercredi 5 octobre le colloque arts appliqués "Aujourd’hui, c’est déjà demain !" au Palais de Fervaques de Saint-Quentin, en présence des représentants de la Ville de Saint-Quentin, de la région Hauts-de-France et de l’Institut National des Métiers d’Art.

Cet conseiller de l’enseignement technologique événement était organisé par Anne Lehovetzki et Jean-Claude Lallement enseignants en Diplôme des Métiers d’Art ébénisterie au lycée Professionnel de l’Ameublement de Saint-Quentin dans l’Aisne, membres fondateurs de l’association Anne et Jean-Claude Eleveurs de Poulains, pour une interface entre l’école et l’entreprise.

Articulées autour de quatre cycles, les conférences ont tenté une approche contemporaine des métiers d’art : leur lecture historique et philosophique, leur porosité avec les hautes technologies et les arts plastiques, leur complémentarité avec le design, leurs enjeux pédagogiques et professionnels jusqu’aux considérations économiques de leurs divers secteurs d’activités.

  • 31 intervenants (représentants institutionnels, professionnels et collègues pédagogues).
  • 10 conférences et 4 tables-rondes, gratuites et ouvertes au public.
Secondes rencontres nationales autour des métiers d’art
Secondes rencontres nationales autour des métiers d’art
Secondes rencontres nationales autour des métiers d’art

L’artisanat

Dans une définition généralement admise, l’artisanat relève de la pièce unique, ou de la petite série. Il est l’apanage de l’artisan, ou du concepteur réalisateur, terme plus contemporain. In facto, l’outil et la main sont « l’outil de production » de l’artisanat. On imagine alors une production pensée et réalisée par l’homme, fruit d’une réflexion non morcelée, qui va du dessein à l’objet fini. On prétend que l’artisanat recouvre les activités manuelles. Or, c’est trop restrictif lorsque la mécanisation, quoique sommaire, est entrée dans tous les métiers. On a voulu également y voir l’apanage tantôt des travaux soignés, tantôt de la production et des services personnalisés. Plus précisément, l’artisanat se caractérise essentiellement par son cachet de particularité et d’authenticité que la production de masse ne permet pas. Mais n’oublions pas que l’évolution économique et technique conduit à la pratique de la sous-traitance à la grande industrie, qui, souvent, entraîne la fabrication en grande série.

Les Métiers d’art

Le vocable métiers d’art nous invite à un catalogage par métier. C’est sans doute un héritage de l’époque des corporations, même si les métiers d’art ne sont plus régulés ainsi. Une liste stipule plusieurs dizaines de métiers touchant l’artisanat d’art, qui peuvent être liés à la création, à la restauration du patrimoine et à la tradition qui se distingue des autres types d’artisans (menuisiers, électriciens, charcutiers, etc.). La définition est loin d’être consensuelle. Pour les uns, le vocable évoque des conservatoires de haut niveau de techniques traditionnelles. Pour les autres, au contraire, il désigne les « artistes-artisans », dont les formations actuelles se délivrent en deux ans, quand l’apprentissage traditionnel exigeait dix ans pour acquérir un savoir-faire. Dans ce sens contemporain, les métiers d’art sont caractérisés par des unités de production individuelle intégrant la fabrication, la conception et la distribution, qui renvoie à un âge d’or de l’artisanat plus qu’à une réalité historique. La concurrence industrielle et internationale pousse ces artisans d’art à trouver une seconde vie sur un marché de l’art en grande partie défini par la rareté, comme le rappelle Raymonde Moulin :

À la division du travail, à la production en série, aux valeurs d’utilité, l’œuvre d’art s’oppose comme le produit unique du travail individuel d’un créateur unique. [...] La demande de bien rare suppose que la rareté soit considérée comme une valeur artistique.

(Encyclopædia Universalis, Christine Colin)

Les métiers d’art en France en France, ce sont :

  • 198 métiers et 83 spécialités, soit 281 activités (voir nomenclature des métiers d’art) regroupés en 16 domaines, définis par un arrêté du 24 décembre 2015 du ministre de l’Économie, du ministre de la Culture et du secrétaire d’État en charge de l’Artisanat
  • 38 000 entreprises dont plus de 99% en PME
  • 95 000 personnes (57 000 salariés et 38 000 chefs d’entreprise)
  • 8 milliards d’euros de chiffre d’affaire
  • 637 millions d’euros à l’export - le secteur du luxe, qui n’existe pas sans les métiers d’art, réalise 22 milliards d’euros de chiffre d’affaire dont 80% à l’exportation (source : ministère de l’Artisanat, 2008 et 2015).

On peut s’interroger sur la possibilité d’existence même des métiers d’art au regard d’une production industrielle exponentielle. Or, nous percevons un devenir des métiers d‘art dans des disciplines connexes, dans des croisements disciplinaires. Jacques Labeyrie nous suggère : « quand on ne trouve pas de solution dans une discipline, la solution vient d’en dehors de la discipline ». Edgar Morin dit : « qu’une discipline est pleinement justifiée intellectuellement à condition qu’elle garde un champ de vision qui reconnaisse et conçoive l’existence des liaisons et des solidarités ». Les métiers d’art affirment une poly-disciplinarité constituée d’une association de disciplines en vertu d’un projet ou d’un objet qui leur est commun ; tantôt les disciplines y sont appelées comme techniciennes spécialistes pour résoudre tel ou tel problème tantôt au contraire elles sont en profonde interaction pour essayer de concevoir cet objet et ce projet.

Plusieurs liaisons disciplinaires se perçoivent dans les pratiques liées aux métiers d’art :

  • la liaison designer / artisanat, pour du prototypage, ou vers des pièces uniques ou de petite série ;
  • la liaison designer / artisanat, vers des pièces de moyenne et grande série (les manufactures) ;
  • les concepteurs réalisateurs, qui maitrisent toute la chaine du dessein à l’objet ;
  • les métiers du luxe, vers le champ de l’artisanat industriel.

On constate ainsi une plus grande perméabilité entre les métiers d’art et le champ des beaux arts, avec l’incursion des métiers d’art dans les arts plastiques, et inversement.

Mise à jour : 12 décembre 2016
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