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Pour l'école de la confiance

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Améliorer son écriture et sa créativité grâce au travail collaboratif

avec l’ENT Léo

Marjolaine Gunata, professeure de Lettres au lycée Jean Racine de Montdidier, nous présente les avantages de l’écriture collaborative au service de l’invention, de la différenciation, et de la progression des élèves à travers la rédaction d’une nouvelle.

 Contexte de travail

Dans le cadre de la « littérature et société », les élèves de Seconde ont travaillé sur l’utopie, des origines du concept aux réalisations que l’on peut imaginer pour notre monde de demain, notamment dans le domaine de l’écologie. Mon collègue Yohan Sautière ayant inscrit nos deux groupes de littérature et société à un séminaire proposé par Canopé sur la ville du futur, nous avons ensuite profité de notre sortie à Amiens pour faire redécouvrir la capitale samarienne à nos adolescents de Montdidier. Notre parcours à travers la ville a consisté à suivre les pas de Jules Verne : en effet, dans sa nouvelle Une Ville idéale, qui correspond en fait à un discours prononcé en 1875 face à des notables, l’écrivain imagine une étrange promenade à travers Amiens, méconnaissable pour lui pour la simple raison qu’il s’est retrouvé projeté, en rêve, dans sa ville en l’an 2000…

Séminaire sur la ville du futur
Visite du Cirque d’Amiens

Dès le début de notre sortie pédagogique, nous avons expliqué aux élèves que leur projet final serait d’exploiter cette excursion, les cours et la nouvelle de Jules Verne de manière à créer, à leur tour, leur propre utopie picarde telle qu’ils aimeraient la vivre en 2050. Pour des raisons d’emploi du temps, mon collègue et moi n’avons pas pu faire travailler nos deux groupes en même temps et j’ai, pour ma part, décidé de faire expérimenter l’écriture collaborative à mes élèves pour mener ce projet à bien.

 Objectifs pédagogiques et didactiques

Les objectifs d’un tel dispositif étaient divers :

  • donner du sens à une sortie scolaire en la prolongeant par un travail de groupe
  • impliquer les élèves dans une production concrète destinée à être publiée sur le site du lycée
  • développer la créativité des élèves tout en les incitant à améliorer leur écrit
  • favoriser l’entraide en donnant un rôle à chacun
  • amener les élèves à s’approprier leur région et le style d’un auteur du patrimoine
  • les encourager à réfléchir ensemble à leur société et à s’engager en tant que citoyens
  • leur faire prendre conscience que l’on peut « écrire pour changer le monde », pour reprendre l’intitulé du domaine d’exploration ici abordé.

 Mise en œuvre avec les élèves

Une organisation précise et rythmée a été nécessaire pour coordonner le travail des uns et des autres autour de tâches concrètes et morcelées.

Étape 1  : un retour a d’abord été effectué sur la lecture de la nouvelle de Jules Verne, ce qui a permis de répondre aux éventuelles difficultés de compréhension, d’éclaircir le sens et les enjeux du texte et de s’interroger sur la forme adoptée. Cette première étape a fourni un cadre aux élèves, conscients qu’ils allaient devoir écrire à la manière de Jules Verne.

Étape 2 : une réflexion collective a ensuite eu lieu pour déterminer les principaux points à aborder afin de construire une utopie cohérente : l’alimentation, le travail, l’éducation, les transports… Les élèves se sont par ailleurs mis d’accord pour choisir le point de vue interne et pour mettre en scène un rêve futuriste, comme dans Une Ville idéale.

Étape 3 : la répartition des élèves par lieu a permis de constituer des groupes réduits au sein du groupe classe. En effet, chaque élève a choisi avec quel camarade il souhaitait travailler et quel lieu il désirait réinventer, à Amiens ou à Montdidier.

Étape 4  : une séance entière (1h30) a été laissée aux élèves pour le travail sur le brouillon et pour les recherches sur Internet concernant l’historique du lieu choisi. Ce temps a permis des échanges sous forme de remue-méninges au sein des petits groupes, de manière à trouver les idées principales du texte à écrire.

Étape 5 : le premier jet a logiquement suivi le travail de brouillon. Cette première rédaction a été parfois poursuivie à la maison, pour les élèves ayant eu du mal à se mettre à l’écrit. Le Pad collaboratif de l’ENT Leo, déjà utilisé auparavant avec ces élèves, a servi de support pour cette écriture à plusieurs : chaque petit groupe a créé un Pad qu’il a partagé avec moi pour que je puisse y intervenir également.

les pads collaboratifs des élèves
Ecriture collaborative de la nouvelle

Entre les étapes 5 et 6, j’ai fait des remarques intermédiaires aux élèves en soulignant des fautes de langue et en leur donnant des conseils d’amélioration.

Corrections et remarques de l’enseignante intégrées dans le processus d’écriture de la nouvelle
Corrections et remarques de l’enseignante intégrées dans le processus d’écriture de la nouvelle

Étape 6 : à leur retour en classe, les élèves de chaque groupe ont travaillé sur leur second jet à partir de mes remarques écrites dans leur Pad. J’ai demandé aux élèves des groupes ayant le plus de facilités de se scinder pour aider leurs camarades ayant moins avancé dans leur phase de réécriture.

Reprise de l’écriture de la nouvelle après correction de l’enseignante

J’ai expliqué à la classe que ma notation tiendrait compte à la fois du texte réalisé dans le cadre de son groupe (sur 15 points) et de l’aide éventuelle apportée aux autres groupes (sur 5 points). Ainsi, un élève ayant réussi à rédiger un texte satisfaisant avec ses camarades de groupe et ayant pu apporter du soutien à un autre groupe a pu arriver jusqu’à la note de 20/20, tandis qu’un élève étant resté trop longtemps sur le texte de son groupe pour aider les autres groupes, mais s’étant lui-même fait aider, a pu atteindre la note de 15/20, ce qui aurait été difficilement possible sans l’apport des autres.

Étape 7 : l’étape finale a été celle de la mise en commun et de la mise en forme de la nouvelle : chaque groupe a lu son texte et les différents élèves ont échangé quant aux ressemblances et aux différences entre les productions des uns et des autres, réalisant ainsi que leurs représentations respectives d’une société idéale n’étaient pas si éloignées ! Un ordre général pour la structure de la nouvelle a été convenu entre les élèves, selon le parcours géographique imaginé. J’ai alors fait créer aux élèves des transitions entre leurs différents textes, partagés dans un nouveau Pad, afin d’aboutir à une nouvelle cohérente. C’est à cette occasion que deux élèves ont eu l’idée d’apporter une dernière modification à l’écriture longue ainsi obtenue, en y intégrant l’écriture inclusive, que certains avaient déjà observée sur les réseaux sociaux notamment. Cette ultime réécriture a permis de s’interroger sur la place du féminin dans la langue française.

Version finale de la nouvelle

 Les plus-values pédagogiques et les limites du dispositif

Le recours à l’écriture collaborative via l’ENT Leo s’est révélé très porteur pour cette expérience. Ce dispositif permet aux élèves d’écrire à plusieurs et de poursuivre le travail de groupe où qu’ils soient, en classe ou chez eux, à partir d’un ordinateur, d’une tablette ou d’un smartphone. Plusieurs élèves m’ont d’ailleurs appris qu’ils continuaient à utiliser le Pad de leur côté pour du travail de groupe dans d’autres matières et parfois uniquement pour eux-mêmes, se passant ainsi de l’utilisation d’une clé USB.
En outre, l’écriture collaborative incite les élèves à se relire et à se réécrire, condition indispensable pour améliorer son écrit. L’utilisation du Pad collaboratif amène les élèves à se montrer plus investis que lorsqu’ils se servent d’un autre support, dans la mesure où ils savent que l’enseignant peut voir où ils en sont et qui a concrètement travaillé : de fait, l’historique de chaque Pad est consultable à tout moment, comme le montrent les captures d’écran jointes à cet article.
Par ailleurs, le Pad permet au professeur d’apporter une aide personnalisée et évolutive aux élèves tout au long de leur écriture. La répartition de la classe en petits groupes travaillant de manière autonome a accru cette dimension, puisque j’ai pu pratiquer une véritable différenciation en me rendant disponible au cours des séances pour les élèves en ayant le plus besoin. Toujours dans cette optique, il m’a semblé plus pertinent de faire travailler chaque groupe sur un court texte à améliorer plusieurs fois plutôt que sur une nouvelle complète qui aurait été moins travaillée, l’objectif principal étant d’amener les élèves à acquérir les bons réflexes face à leur propre écrit.
Bien entendu, l’écriture collaborative valorise également l’échange et l’entraide au sein d’un groupe ou d’une classe, ce qui avait un sens particulièrement fort dans le cadre d’un travail sur l’utopie…
Si les plus-values pédagogiques de cette activité de longue haleine sont indéniables et diverses, il faut toutefois souligner qu’elle a nécessité près d’une dizaine d’heures en comptant toutes les étapes susmentionnées. En outre, pour que chaque élève puisse être impliqué et aidé, un tel dispositif ne me semble réalisable qu’avec un nombre d’élèves réduit, comme j’ai eu la chance d’en avoir dans mon établissement, et non pas avec une classe de 35 élèves…

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Mise à jour : 19 novembre 2018